US Open 1988: Wilander, l’homme du cinquième
Tennis Magazine septembre 2003
A quelques minutes près, le tableau de score indique cinq heures de jeu (4h55). Et tout au bout d’un bras de fer d’une incroyable intensité, avec pour enjeu le titre de l’US Open et la place de n°1 mondial, Mats Wilander arrache la victoire à Ivan Lendl: 6-4 4-6 6-3 5-7 6-4. Wilander devient le septième n°1 mondial de l’histoire.
Depuis longtemps, la nuit a enveloppé Flushing Meadows et les abords de Louis Armstrong Stadium. Il est vrai que la finale - volonté de la CBS oblige- n’a commencé qu’à 16h25. Mais Wilander illumine la saison 1988 comme un soleil. Une des plus belles saisons de tous les temps avec la victoire en Australie, à Roland Garros, et donc à l’US Open. Le 8è joueur de l’histoire à accomplir le “petit chelem”. Et pour faire bonne mesure, il ajoutait le titre à Key Biscayne.
Rarement justice aura été mieux rendue qu’à ce triomphe d’un premier Suédois à l’US Open, tête de série n°1 au détriment du n°1 et tenant du titre, qui disputait sa 7è finale consécutive à New York!
Cette explication au sommet coiffe un tournoi qui a donné lieu auparavant à une vraie partie de chamboule tout. Au point que cinq têtes de série seulement sont présentes en huitièmes. Pareille hécatombe ne s’était jamais vue en Grand Chelem. Elle explique la présence en demi-finale de l’Australien Darren Cahill, le tombeur de Boris Becker (n°5) au deuxième tour. Elle explique aussi l’absence en quarts de finale de Stefan Edberg (n°3), éliminé en huitièmes par Aaron Krickstein dans une sinistre nuit au milieu des rafales d’un vent violent et des nuées de papiers gras… Seul, finalement, en dehors des finalistes, Andre Agassi, 18 ans, tient son rang (n°4) en parvenant en demi contre Lendl après avoir battu Jimmy Connors en trois sets.
Mais au dimanche de la finale, ce sont bien les deux meilleurs joueurs du monde qui sont face à face. Et si Ivan reste Lendl, Mats est devenu super Wilander! grâce à un travil de forcené en compagnie de son copain Matt Doyle pour le physique et de son coach historique Jon Sjogren pour la technique, Wilander fait étalage de ses fantastiques progrès.
A sa légendaire solidité en fond de court qui lui avait déjà rapporté trois titres à l’open d’Australie et trois autres à Roland Garros, Wilander a ajouté un impressionnant arsenal offensif. Les statistiques vont parler d’elles-mêmes: les fautes? 89 pour Lendl, 36 pour Wilander. Le pourcentage de premiers services? 43% pour Lendl, 86% pour Wilander. Dans le domaine de la volée, c’est un raz de marée suèdois: 6 fautes seulement pour la Suèdois en 131 montées!
Ivan Lendl se retrouve donc assiégé et il faut tout le registre de sa puissance pour résister. On croit d’ailleurs que Wilander peut gagner facilement quand il mène 6-4 4-1. Mais à 4-2 30A, service Wilander, l’arbitre de chaise croit bon de se faire remarquer quand, à l’instant de l’armé du service de Wilander, il inflige à celui-ci un avertissement pour dépassement de temps! Ce qui paraît pour le moins incongru au vu de la foire que représente le chaudron de Flushing Meadows et en rapport du comportement toujours exemplaire du joueur de Vaxjö.
Cet incident a pour conséquence d efaire sortir de sa concentration Mats Wilander, qui perd 14 des 18 points à suivre, avec Lendl qui empoche le deuxième set 6-4!
Et quand lendl réussit à faire basculer le match dans un 5è set, son expérience paraît prête à prendre le dessus. Pourtant, Wilander va rester invaincu de la saison dans un 5è set tant en Grand Chelem qu’en coupe Davis: sept sur sept!