Muller, le revenant
PAR CHRISTEL CAULET pour Tennis Buzz
Après avoir été numéro 1 mondial chez les juniors, Gilles Muller a franchi un cap en battant Rafael Nadal, récent vainqueur de Roland-Garros. Histoire d’un garçon atypique…
« Rafael Nadal, le vainqueur de Roland Garros sorti par un jeune Luxembourgeois, Gilles Muller en quatre manches 6/4, 4/6, 6/3, 6/4 » a crié la radio. Je n’y croyais tout simplement pas. Gilles Muller ! Je l’avais rencontré… A l’époque, enfoui dans les profondeurs du classement mondial, il avait retenu mon attention par sa gentillesse et surtout sa modestie, qualité si rare dans ce milieu du tennis. A l’époque j’étais journaliste pour La Dépêche du Midi. Mon rédacteur en chef m’avait envoyée couvrir le Future de Rodez.
C’était en novembre 2001. Gilles était âgé de 16 ans, si je me souviens bien. Les autres joueurs français avec lesquels j’avais discuté au cours du tournoi, ne tarissaient pas d’éloge pour le jeune prodige du tennis luxembourgeois. Certains comme Jean-Michel Péquery le voyaient « très vite parmi les meilleurs mondiaux »… D’autres n’hésitaient à le charrier, « histoire de l’impressionner et de lui faire découvrir la VRAIE vie.»
Issu d’une famille modeste, un père postier, ce garçon avait déjà à l’époque un palmarès assez complet : vainqueur de Wimbledon en junior, champion du monde junior… Et, puis… RIEN. Alors que s’est-il passé ? On pense alors à la formidable pression. Non, pas vraiment le style du garçon, plutôt à l’aise dans ses baskets. Il déambulait alors dans les artères du Tennis Club, le walkman vissé sur les oreilles, souriant. Plutôt timide et réservé, il restait généralement dans son coin avec les joueurs belges. Il semblait s’amuser, tout simplement.
Actuellement classĂ© Ă la 69e place mondiale, le gaucher de Schifflange a parcouru du chemin. Après une Ă©tape Ă l’acadĂ©mie Bob Brett, il est parti s’entraĂ®ner Ă l’acadĂ©mie Sanchez-Casal en Espagne. C’est lĂ -bas qu’il dit avoir compris ce que signifiait ĂŞtre joueur de tennis. Avec un entraĂ®nement plus complet physiquement, il s’est accrochĂ© : « Lorsqu’on est dans les 200 premiers mondiaux, il faut vraiment en vouloir pour passer le cap. Il faut se battre tous les jours parce que si vous ne vous battez pas, les autres joueurs le feront. Ils veulent la place autant que vous. »
Armé d’un excellent service, il possède une sacrée claque, côté coup droit. Même si aujourd’hui, ce serveur volleyeur a assurément réussi son premier coup d’éclat, il ne lui reste plus qu’à continuer sur sa lancée car le tennis a vraiment besoin de gars aussi simples que Gilles Muller. Richard Gasquet n’a qu’à bien se tenir.
Photo neverbeentospain.com