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“Avec lui, les gens ont l'impression d'assister à une corrida. C'est comme si une odeur de sang se dégageait et qu'un taureau entrait dans l'arène.” - Alex Corretja à propos de Rafael Nadal

Adriano Panatta

D’APRES PLAY TENNIS SEPTEMBRE 2000

Il est bronzé, il est beau, il a les cheveux longs et le regard du latin-lover. Pour un peu, ceux qui ont la chance de l’approcher ont pu se rendre compte qu’il sent le sable chaud. Nous sommes au mois de mai 1976. Le Foro Italico, où les gens n’arrêtent plus de s’entasser comme des petits pains, n’a d’yeux que pour lui, Adriano “il bello” Panatta. Opposé en finale du tournoi romain à Guillermo Vilas, autre playboy des courts mais en plus massif, le natif de Rome sait que ce match, il a tous les atouts de son côté pour le gagner. Le talent qui fait de lui un joueur spectaculaire au filet avant tout, mais aussi le public de cette enceinte pas comme les autres qui sait se faire tellement généreux lorsqu’il s’agit de soutenir un des siens.

Lorsque la balle de match sanctionne l’Argentin, le stade est pris d’un véritable délire. “Viva Panatta”, s’écrie la foule ivre de bonheur et tellement heureuse de s’être découvert une nouvelle idole.
Adriano Panatta, ses 26 ans à peine fêtés, n’aura que peu de temps pour savourer sa victoire. Quelques heures tout au plus puisque dès le lendemain, c’est un Italien encore courbaturé suite à sa bataille face à Vilas et vidé de son influx nerveux qui se présente au juge-arbitre de Roland Garros. “Ne va pas à Paris”, lui avait dit Mario Belardinelli, son entraîneur. ”

Tu es trop éprouvé pour y réaliser quoi que ce soit. Reste sur ton triomphe et repose-toi avant d’entreprendre une nouvelle campagne.

Des paroles que le coach, qui ne fit pas le déplacement à Paris, aura eu le temps de méditer. Car mis à part l’avertissement que lui lance le Tchèque Hutka dès le premier tour du tournoi parisien, Panatta ne connaîtra plus de problème jusqu’à la finale qu’il gagnera dans une atmosphère plus polissée.
“En arrivant à Paris, je n’avais qu’un seul désir: dormir”, dit-il après coup. “Mario avait failli avoir raison. Seul un miracle m’a sauvé contre Hutka, un adversaire que je connaissais pour l’avoir affronté six semaines plus tôt en coupe Galea à Vichy. Après quoi j’ai su me retrouver. Petit à petit…” De sa quinzaine à l’ombre de la tour Eiffel, les chroniqueurs se souviennent surtout des longues promenades en solitaire effectuées dans les allées de Roland Garros par Rosalia, la belle épouse du joueur. La raison était simple: entre deux tours de simple, Adriano faisait d’interminables siestes dans sa chambre d’hôtel pour récupérer.

Auteur de ce que les Italiens appelèrent “le petit Chelem”, Panatta était loin de se douter à l’époque que, vingt-cinq ans plus tard, son pays attendrait encore son successeur. D’autant qu’à ses victoires à Rome et à Paris, Panatta en ajouta une autre, toujours en cette année 1976 absolument magique, qui remplit son pays d’une fierté sans limite: il remporta la Coupe Davis face au Chili à Santiago avec l’aide notamment de Paolo Bertolucci, son partenaire de double.
Lorsqu’il partit à la retraite, le tennis italien perdit son porte-drapeau et si d’autres joueurs mirent par la suite le bout du nez à la fenêtre en de trop rares occasions, ils restèrent tous loin, très loin, des exploits réalisés par le bel Adriano.

De Panatta jeune, ses amis se souviennent d’un joueur extrêmement doué qui faisait souvent appel à la comédie pour abuser ses rivaux. “A 15 ans, il faisait déjà preuve de qualités qui le différenciaient des autres garçons. Lorsqu’il jouait avec eux des petites compétitions et parvenait à 5-5 dans un set, il recourait à la “baballe” s’il le fallait, car il voulait à tout prix gagner”, se souvient l’un de ses camarades qui ajoute: “Et il ne perdait jamais.” Et un journaliste italien qui le suivit depuis ses débuts de surenchérir: “Non seulement il remportait neuf fois sur dix les jeux décisifs, mais encore était-il capable d’influencer l’adversaire et le public en feignant d’être fatigué à mourir. Il devenait tout blanc, semblait devoir s’évanouir à tout moment. En réalité, il se portait merveilleusement bien. Le sens du drame, il l’avait en lui depuis l’enfance.”

Marié et père d’un petit garçon prénommé Nicolo, Adriano Panatta se laissera vite emporter par la “dolce vita” qui sied si bien en Italie aux gens qui connaissent une ascension fulgurante. Propriétaire d’un appartement à Rome, il ne se contenta pas de ce qui se transforma vite en un pied à terre, rien de plus. Il fit l’acquisition d’un autre appartement en Toscane, pays d’origine de sa femme et se fit construire une villa à Montemurlo, un petit village situé à douze kilomètres de Montecatini, toujours en Toscane. Une villa que le joueur aurait aimé transformer en vaste club-house avec courts de tennis, piscine et installations de toutes sortes pour en faire un club à l’américaine. “Le ministère des Beaux-Arts ne m’accorda pas les autorisations adéquates parce que la maison, un hôtel particulier datant du quinzième siècle était classée monument historique”, expliqua un jour Panatta. Et rien n’y fit. Pas même son inscription au club de football du village qui évoluait alors en troisième division et qui n’était destinée qu’à s’attirer les sympathies des autorités locales!
De cette période, l’ancien joueur devenu aujourd’hui l’un des dirigeants du tennis italien se souvient que lorsqu’il jouait (au poste d’avant-centre), les gens se pressaient aux abords des grilles du stade. Directeur du tournoi de Rome qu’il connaît si bien, Adriano Panatta a occupé un temps la fonction de capitaine de Coupe Davis avant de rendre son tablier en raison d’un désaccord virulent avec Paolo Galgani, un personnage aux allures de dictateur qui dirigea la Fédération Italienne de Tennis pendant plus de vingt ans avant de céder sa place à Francesco Ricci Bitti, l’actuel président de la Fédération Internationale.

Bien que finaliste de la Coupe Davis voici en 1998, l’équipe d’Italie aujourd’hui emmenée par Bertolucci traverse la crise la plus grave de son existence. Une crise rendue encore plus aiguë par la descente en première division, l’antichambre du groupe mondial où elle avait toujours figuré depuis sa création en 1981. Une descente qui gardera à jamais un goût particulier pour les Belges puisque ce sont eux qui provoquèrent, à Venise en juillet, ladite chute aux enfers.
L’ombre d’Adriano Panatta n’a décidément pas fini de hanter les nuits de l’Italie du tennis…

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