Nastase-McEnroe US Open 1979
DâAPRĂS TENNIS DE FRANCE OCTOBRE 1979
Lâanimateur Alan King lâavait annoncĂ© Ă la tĂ©lĂ©vision : “Ce sera le show du jeudi soir”, Ă©tablissant ainsi un rapport avec une fameuse Ă©mission programmĂ©e le samedi soir (Saturday Night Show) aux Etats Unis. CâĂ©tait Guy Lux dĂ©clarant : “Ce soir, Ă Roland Garros, se dĂ©roulera une super rencontre de Jeux sans frontiĂšres”. Les quotidiens de leur cĂŽtĂ©, lâavaient classĂ© dans la catĂ©gorie X. bref, tout Ă©tait en place pour que le match Nastase-McEnroe devienne un spectacle dĂ©naturĂ©. Le public amĂ©ricain - le plus toc du monde sur le plan sportif - a mordu Ă lâappĂąt. Et, aidĂ© par lâinconsĂ©quence des officiels, il a provoquĂ© lâune des plus minables mascarades que lâon ait vu sur un court de tennis, dans laquelle la responsabilitĂ© des joueurs est restĂ©e mineure.
Peu aprĂšs le dĂ©but du match, Nastase, estimant que McEnroe prenait trop de temps entre les points, commit lâerreur dâattendre systĂ©matiquement trente secondes avant de se dĂ©clarer prĂȘt Ă recevoir le service adverse. Ce jeu enfantin finit par lui coĂ»ter un avertissement, puis un point de pĂ©nalitĂ©. Câest alors que les spectateurs commencĂšrent Ă sâen mĂȘler sĂ©rieusement.
A cĂŽtĂ© de ceux qui applaudissaient les fautes de McEnroe, on trouvait les spĂ©cialistes dont le seul objectif est dâexciter Nastase. Tandis que McEnroe faisait dâun cĂŽtĂ© un bras dâhonneur Ă ses siffleurs, Nastase rivalisait dâinjures avec dâautres spectateurs. Il Ă©tait dĂ©jĂ trĂšs difficile de jouer au tennis…
Câest au quatriĂšme set que les Ă©vĂ©nements sâaggravent. Nastase menĂ© deux sets Ă un et deux jeux Ă un sur son service a une discussion avec lâarbitre Ă propos dâun service quâil croyait let. Celle-ci se prolonge trop au grĂ© de Franck Hammond qui prend alors une sanction un peu excessive : jeu de pĂ©nalitĂ©, soit 3/1, break pour McEnroe. DĂšs cet instant, il nâest plus question de jouer. Sept mille spectateurs entrent dans un Ă©tat second, huent et hurlent leur dĂ©sapprobation, en rĂ©clamant que le score soit ramenĂ© Ă 2/1. On se bat dans les gradins. Le cirque dure depuis cinq bonnes minutes, quand le juge arbitre, Mike Blanchard, entre sur le court et annonce au micro que le match est interrompu et terminĂ© le lendemain si le public ne se calme pas. Mais le cirque continue de plus belle. Alors Blanchard sâincline : il revient sur sa dĂ©cision et demande aux joueurs de reprendre la match en espĂ©rant quâau bout de quelques Ă©changes la tempĂȘte se calmera. Nastase nâaccepte pas de servir dans ces conditions. Le juge arbitre dĂ©cide alors dâutiliser la force : il fait signe Ă Franck Hammond, lâarbitre de chaise, de dĂ©clencher son chrono. Si Nastase ne reprend pas le match dans les trente secondes, il est disqualifiĂ©. Nastase ne bronche pas. AprĂšs cinquante huit secondes, lâarbitre annonce “Jeu, set et match McEnroe”.
Il y avait dĂ©jĂ eu jusque lĂ pas mal de bĂ©vues, mais le meilleur restait Ă venir. Bill Talbert, le directeur du tournoi intervient en effet, et, dĂ©savouant lâarbitre et le juge arbitre, demande quâon reprenne le match ! Il se termine dans la confusion la plus totale sans que Nastase ne fasse un jeu. Quelque temps plus tard, Ă la confĂ©rence de presse, les officiels bafouillent des explications incohĂ©rentes sur leurs diffĂ©rentes dĂ©cisions contradictoires et Franck Hammond en quelques formules théùtrales annoncera, la main sur le coeur et lâoeil humide, quâil renonce Ă sa fonction et que trente deux ans de carriĂšre prennent fin ce soir mĂȘme… Le lendemain, on le retrouvait en tenue en train dâofficier sur le court n°21.
Cette foire mĂ©prisable a trouvĂ© sa source dans une sĂ©rie de dĂ©cisions plus irrĂ©flĂ©chies les unes que les autres, en comparaison de quoi les pĂ©chĂ©s de Nastase sont des plus vĂ©niels. Avec un public digne de ce nom, la rencontre entre McEnroe et Nastase serait restĂ©e ce quâelle devait ĂȘtre : lâaffrontement entre un champion sur le dĂ©clin depuis longtemps et lâun des quatre meilleurs joueurs actuels, câest Ă dire un match sans histoire.