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“Avec lui, les gens ont l'impression d'assister à une corrida. C'est comme si une odeur de sang se dégageait et qu'un taureau entrait dans l'arène.” - Alex Corretja à propos de Rafael Nadal

Wojtek Fibak

Play Tennis octobre 2000

Donner des leçons de tennis au pape Jean-Paul II n’est pas donné à tout le monde. Wojtek Fibak peut se targuer de ce privilège.

Quelle ne fut pas sa surprise quand, un beau jour au début des années 80, le téléphone sonna. A l’autre bout de la ligne : le secrétaire particulier de Karol Wojtila. ” Sa Sainteté le Pape voudrait que vous lui donniez quelques leçons de tennis “. Difficile, vous en conviendrez, de refuser pareil honneur. Fibak venait d’accéder aux quarts de finale à Roland Garros où il avait été battu au terme d’un match haletant en cinq sets par Vitas Gerulaitis. Impressionné par l’intelligence tactique de son compatriote, le Pape, grand sportif devant l’Eternel, s’était paraît-il emballé.

L’image d’un Fibak arpentant les jardins pontificaux du Vatican n’avait rien de choquante. Car outre le tennis, qu’il s’est mis à pratiquer fort tard, le natif de Poznan vouait une véritable passion pour la peinture en particulier et la culture en général. Fils d’un ancien champion de Pologne du 110 mètres haies, il ne fit l’acquisition de sa première raquette qu’à l’âge de 12 ans. Bien trop tard pour rivaliser avec des jeunes qui avaient plusieurs années d’avance sur lui. “Après deux ans d’université, mon père et moi avons lu dans un journal les gains des joueurs de tennis “, se souvient l’homme à la légendaire moustache. “Nous fûmes impressionnés : le centième mondial avait touché 9.000 dollars dans l’année. Soit autant que mon père qui était un excellent chirurgien en Pologne. Celui-ci m’a dit de tenter ma chance pendant deux ans. Et je suis parti pour la grande aventure. J’avais alors 21 ans…”

On imagine les difficultés rencontrées par ce joueur certes doué mais accusant un retard évident en matière d’écolage et qui passa encore deux ans à préparer ses examens universitaires. “J’avais beaucoup moins joué que les autres gars de mon âge”, dit encore Fibak. ” Un Dibbs, par exemple, avait dix fois plus de tennis dans les jambes que moi. Mais bon, je me suis accroché et j’ai commencé à engrangé quelques victoires significatives. “

En bisbrouille avec la Fédération polonaise qui voulait le garder sous surveillance rapprochée (il passait de plus pour un des ambassadeurs à l’étranger de Solidarnosc, le syndicat libre bien connu), Wojtek Fibak parvint finalement à un accord avec les dirigeants de son pays dont la main de fer s’accommodait mal avec sa grande érudition. “En 1974, j’ai battu Arthur Ashe à Barcelone et les choses se mirent à changer “, expose le Polonais. “Je suis devenu ensuite tout à fait indépendant, vivant à New York avec ma femme Eva et mes deux filles, Agniezka et Paulinka. Seule exception : je reversais 10.000 dollars de mes gains par année pour que la Fédération puisse acheter du matériel pour les jeunes. Je revenais aussi tous les ans dans mon pays avec des amis tels que Borg, Smith, Kodès ou Okker et nous faisions une tournée destinée à recueillir des fonds pour le tennis en Pologne. “

Sur le plan du jeu, Wojtek Fibak restera à jamais cet homme capable de caresser la balle avec un talent naturel. Tout le contraire d’Ivan Lendl, son ami qu’il prit sous sa coupe à ses débuts. Certes son service accusait de grandes lacunes mais son habileté tant à la volée qu’au retour de service ainsi que sa grande intelligence de jeu lui permirent de grappiller d’importantes marches au classement mondial. Pratiquement toujours dans les vingt premiers mondiaux (il fut même 14e en 1976), Fibak côtoya et inquiéta les meilleurs, lui le retardataire de la classe. Malgré un palmarès qui restera à jamais vierge de toute victoire majeure (outre Roland Garros, il fut quart de finaliste à Wimbledon et à l’US Open et remporta 16 épreuves en Grand Prix et WCT).

Grand amateur de peinture, Fibak était considéré par les spécialistes comme l’homme qui possédait la plus importante collection de tableaux des peintres polonais des 19e et 20e siècles en dehors de son pays. Ce n’est pas par hasard si l’intéressé aimait à visiter les villes où le circuit du tennis l’emmenait au lieu de végéter dans les allées des tournois. “Makowski, Eugène Zak, Slewinski : l’école de peinture polonaise possédait de réels talents”, dit l’expert. “Des talents malheureusement trop peu connus dans le monde.”

Parlant couramment cinq langues (dont le français), Wojtek Fibak aimait également nouer des contacts avec les populations. Même s’il vivait six mois par an à New York, c’est en Pologne qu’il avait gardé ses racines. “L’Europe rassemble ce que j’aime le plus”, aimait-il à répéter. Avant l’avènement de Fibak, le tennis en Pologne était considéré comme un sport de riches. Cela changea. Si 30 terrains existaient à Poznan lorsqu’il jouait, le chiffre monta à une époque jusqu’à 70. Un “Grand Prix Wojtek Fibak” fut même mis sur pied qui rassemblait les meilleurs espoirs de tout le pays.

Grâce à leur idole, les Polonais se mirentà suivre le tennis à la télévision. Roland Garros, Wimbledon ou Flushing Meadow firent leur apparition dans les chaumières, suscitant de nombreuses vocations. Tous les dimanches matins pendant trois mois, les Polonais purent même suivre une heure de leçon de tennis donnée par leur héros national.

Tout ce travail resta malheureusement sans réponse, comme le démontre la pauvreté du tennis polonais de nos jours. Il est curieux de constater que l’essentiel du travail de Fibak porta ses fruits du côté de l’ex-Tchécoslovaquie par l’entremise de Lendl.

A propos du grand champion, Fibak déclarait en 1984 : “Je ne suis absolument pas son coach mais je lui ai appris tout ce que je connaissais de ce métier. Ivan est un garçon extrêmement courageux et intelligent. Son tennis n’est pas naturel et c’est à force de travail qu’il est devenu un des meilleurs joueurs du monde. Il est un peu le miroir du joueur que j’aurais voulu être. J’espère qu’il remportera les victoires que je n’ai pu gagnerà cause du retard que j’avais pris dans ma vie de joueur professionnel. ” On connaît la suite.

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2 commentaires, laissez un commentaire ou faites un trackback.
  1. antonio
    mai 14th 2007

    je voulais savoir quand fibak a été chez le pape (année, jours…)
    merci

  2. Je ne connais pas la date exacte, mais je sais que Fibak lui a offert une de ses raquettes


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