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“Avec lui, les gens ont l'impression d'assister à une corrida. C'est comme si une odeur de sang se dégageait et qu'un taureau entrait dans l'arène.” - Alex Corretja à propos de Rafael Nadal

Le tennis suédois

Par Ziggy tennis-belge.be

Grâce, entre autres, à sa demi-finale à l’US Open, Joachim Johansson est devenu la révélation de la saison 2004. Après quatre ans de vaches maigres, la Suède semble s’être enfin trouvé une génération de joueurs digne de ses glorieux aînés. Petit aperçu de ce que fut l’épopée du tennis suédois.

Bergelin, le pionnier

Avant la guerre, la Suède n’avait eu que très peu d’occasions de se distinguer. Engagée pour la première fois en Coupe Davis en 1925, elle n’avait réalisé qu’une maigre demi-finale de la Zone européenne (à l’époque, les équipes étaient réparties en deux zones dont les vainqueurs se rencontraient ensuite pour avoir le droit d’affronter le tenant du titre en finale).

Dès 1946, à l’initiative du jeune Lennart Bergelin, les résultats vont s’améliorer très nettement et toute une génération de très bons joueurs va apparaître. Bergelin restera le leader (il remportera 43 matchs en simple et 19 en double) mais les Torsten Johansson, Sven Davidson, Ulf Schmidt et Jan-Erik Lundquist vont permettre tour à tour à la Suède de remporter 6 fois la Zone européenne et d’atteindre la finale à 6 autres reprises jusqu’en 64. A l’époque, il s’agissait du meilleur pays européen, devant la France, la Tchécoslovaquie, l’Italie et l’Espagne. Malheureusement, ils n’atteignirent jamais la finale, barrés à chaque fois par l’Australie et les Etats-Unis qui dominaient largement le tennis d’après-guerre.

Borg en exemple

De 1965 à 1972, la Suède est dans le creux de la vague et ne parvient plus à sortir de joueurs talentueux. C’est cette année là que Bergelin (retraité du circuit depuis une quinzaine d’année) refait parler de lui en présentant un joueur de 16 ans qu’il s’est juré d’amener au top. Il s’appelle Björn Borg. Personne ne le sait encore mais il va marquer l’histoire du tennis.

Borg sera le premier Suédois à inscrire son nom au palmarès de simple d’un tournoi du Grand Chelem. Ce sera à Roland-Garros en 1974 alors qu’il n’a pas encore 18 ans. Jusqu’en 1981, il remportera encore 5 fois ce tournoi et également 5 fois Wimbledon (dont trois doublés de 78 à 80 !) et même ses quatres échecs en finale de l’US Open n’empêcheront pas les autres joueurs de l’époque de le considérer comme presque invincible.

Il permettra à la Suède de remporter son premier saladier d’argent en 1975 (avec Birger Andersson et le spécialiste de double Ove Bengtson) mais ce sera le seul en raison du niveau plutôt moyen de ses compatriotes.

Son jeu de fond de court incassable et son impassibilité lui vaudront le surnom d’IceBorg. Mais la glace se brisa après ses échecs en finale à Wimbledon et à l’US Open en 1981. Très touché par ces échecs et ayant des problèmes dans sa vie personnelle, il décida de se retirer l’année suivante alors qu’il n’avait que 26 ans.

Wilander, Edberg et les autres

A peine le maître parti, il se retrouve remplacé. Mats Wilander bat son record de précocité en remportant Roland-Garros en 1982 alors qu’il a quelques mois de moins que Borg en 1974. C’est le début de l’âge d’or pour le tennis suédois. Une flopée de clones de Borg au jeu de fond de court irréprochable vont marquer les années 80. Les Sundström, Nyström, Carlsson, Pernfors, Svensson et Gunnarsson, vont, à l’instar des Espagnols aujourd’hui, truster les tournois sur terre-battue. Il y aura heureusement deux joueurs de service-volée, Anders Jarryd et surtout Stefan Edberg pour assurer une représentation suédoise sur les surfaces les plus rapides.

A cette époque, le tennis suédois domine la scène mondiale. De 1985 à 1994, les Grands Chelems où aucun représentant de ce pays n’est présent au stade des quarts de finale se comptent sur les doigts d’une main (il y en aura 3 en fait : Wimbledon 86 et l’US Open 89 et 90). Wilander remportera en tout 7 titres du Grand Chelem et Edberg 6. L’apogée aura lieu en 1988 où ils se partageront les 4 tournois.

En Coupe Davis, une telle abondance de bien ne peut nuire et le pays atteindra 7 fois consécutivement la finale du groupe mondial de 1983 à 1989 et la remportera à trois reprise (84, 85, 87). Rien ne semble pouvoir les arrêter.

D’autant que la décennie suivante continuera sur un rythme à peine moins soutenu. Edberg poursuivra sa carrière jusqu’en 96 et sera bien épaulé par les Gustafsson, Larsson, Bjorkman, Enqvist, Johansson et Norman. Si le dernier titre du Grand Chelem est remporté par Edberg à l’US Open 92, ces joueurs atteindront tout de même régulièrement les quarts de finale. En Coupe Davis, les résultats ne baisseront pas puisque la Suède sera demi-finaliste chaque année de 92 à 98 (avec des victoires en 94, 97 et 98).

Le déclin

Depuis cette dernière victoire, le déclin est très net. La très bonne saison de Norman en 2000 et la victoire de Johansson à l’Open d’Australie 2002 ont quelque peu masqué les problèmes. En 2002, trois tournois furent remportés par des Suédois. Une autre finale et trois autres demi-finales furent atteintes. A titre de comparaison, 15 ans avant (1987), en plein âge d’or, ils remportaient 18 titres, atteignaient 14 autres finales et 23 autres demi-finales !

Depuis 1999, la Suède n’a atteint qu’une seule demi-finale en Coupe Davis. Les résultats en Grands-Chelems sont aussi des plus catastrophiques. En effet, entre la victoire de Thomas Johansson à l’Open d’Australie 2002 et le quart de finale de Jonas Bjorkman à Wimbledon l’année suivante (soit cinq « Majors ») pas un Suédois n’a dépassé le troisième tour. Une misère.

Le classement s’en ressent aussi. En 1987, ils Ă©taient 2 dans les cinq premiers, 5 dans le top 20, 10 dans le top 50 et 13 dans le top 100. Ils avaient en outre tout l’avenir devant eux puisque le plus âgĂ©, Anders Jarryd, n’avait que 26 ans. DĂ©but 2003, il n’y avait plus un seul SuĂ©dois dans les 50 premiers et seulement trois dans le top 100… et ils avaient tous plus de 28 ans !

La relève ?

Andreas Vinciguerra a longtemps incarné la relève mais de nombreuses blessures l’ont empêché de progresser. Cette saison, une nouvelle génération a émergé. Joachim Johansson (22 ans) a marqué les esprits en remportant le tournoi de Memphis et en atteignant les demi-finales à l’US Open, Robin Soderling (20 ans), vient de remporter son premier titre à Lyon, Michael Ryderstedt (20 ans) et Filip Prpic (22 ans) ont fait leur trou dans le circuit des Challengers et le junior Ervin Eleskovic (17 ans) promet beaucoup. Néanmoins, le nombre de tournois organisés en Suède diminue chaque année et les clubs n’enregistrent plus de progressions dans les inscriptions.

Pourtant, le prochain Borg est peut-être là-bas. Une disparition quasiment totale des joueurs suédois serait vraiment dommageable tant ils ont apporté une image de combativité sans faille et de fair-play constant (pour presque tous) à ce sport qui en a tant besoin.

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1 commentaire, laissez un commentaire ou faites un trackback.
  1. Cet article retrace vraiment bien l’histoire du tennis suĂ©dois.
    J’ajoute une petite prĂ©cision pour indiquer que Sven Davidson a gagnĂ© Roland Garros en 1957 et donc que Borg n’est pas le premier suĂ©dois vainqueur de Grand Chelem, mĂŞme si Ă  cette Ă©poque les Grands Chelems Ă©taient rĂ©servĂ©s aux amateurs et n’avaient pas leur valeur actuelle.
    Le fair play suĂ©dois n’est pas un vain mot, difficile de trouver un reprĂ©sentant tennistique de ce pays qui se soit mal comportĂ©, malheuresement c’est peut-ĂŞtre plus les joueurs “grandes gueules” qui sont parfois encensĂ©s.
    N’oublions pas, pour certains joueurs suĂ©dois, que leur palmarĂ©s serait plus consistant s’ils n’avaient pas Ă©tĂ© gravement blessĂ©s, je pense notamment Ă  K.Carlsson qui a stoppĂ© sa carrière Ă  21 ans, on pourrait citer Norman, T Johansson, Larsson, Gustafsson, etc… et maintenant c’est J.Johansson out pour 6 mois, les suĂ©dois sont aussi champions du monde des blessures.
    S’agissant de la relève, ce n’est pas Ă©vident pour un pays de 9 millions d’habitants de fournir des grands champions constamment.
    Peut-être que la fédération suédoise devrait organiser plus de tournois futures comme le font les français et les espagnols pour lancer des jeunes, en y associant les grands noms du tennis suédois
    N’oublions pas aussi que l’age d’or du tennis, les annĂ©es 80, coĂŻncident avec celui du tennis suĂ©dois, alors espĂ©rons que la Suède comptera un jour plus de 3 champions du monde (Borg, Wilander et Edberg) et 7 Coupe Davis.


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